Donner le mauvais médicament contre la fièvre, c’est un peu comme éteindre un feu de friture avec de l’eau : le geste part d’une bonne intention, mais il peut transformer un petit souci en vraie catastrophe. Et c’est exactement ce qui se joue, chaque année, dans des milliers de foyers français où un enfant se gratte en silence pendant que ses parents fouillent l’armoire à pharmacie. La varicelle, cette maladie que presque tout le monde a connue enfant, continue de toucher près de 600 000 personnes par an en France, avec un âge médian de contamination fixé à 4 ans. Un chiffre qui donne le vertige, surtout quand on sait que le réflexe du sirop contre la fièvre reste, pour beaucoup de parents, presque automatique. Sauf que pour cette maladie précise, ce réflexe peut virer au cauchemar. Les pédiatres le répètent, les autorités sanitaires le martèlent, et pourtant le message met du temps à passer.

À retenir
  • En cas de varicelle, l'ibuprofène, le kétoprofène et les autres anti-inflammatoires sont déconseillés car ils augmentent le risque de complications cutanées bactériennes graves.
  • Depuis 2000, la pharmacovigilance a recensé 337 cas de complications infectieuses liées à l'ibuprofène et 49 liés au kétoprofène, parfois mortels.
  • Le paracétamol, adapté au poids et à l'âge de l'enfant et donné seul jusqu'à quatre fois par jour, reste le seul traitement recommandé contre la fièvre.

Pourquoi l’ibuprofène devient dangereux face à la varicelle

L’ibuprofène, star incontestée des armoires à pharmacie familiales, fait partie de ces médicaments qu’on associe presque machinalement à la fièvre de l’enfant. Le problème, c’est que face à la varicelle, cette habitude devient un vrai risque. L’Assurance Maladie est formelle sur ce point : si un enfant a la varicelle, ou si elle est simplement suspectée, il ne faut pas lui donner d’ibuprofène ni de kétoprofène. La raison est bien identifiée : ces anti-inflammatoires non stéroïdiens augmentent le risque de complications cutanées bactériennes, c’est-à-dire que les petites cloques de varicelle, déjà fragiles, peuvent s’infecter plus facilement. Le CHU de Nantes va même plus loin en listant précisément les produits à bannir : ibuprofène, Célestène, Nifluril, Solupred, aspirine, kétoprofène. Autant de noms qu’on retrouve parfois sans s’en méfier dans les trousses familiales, prescrits pour d’autres maux quelques semaines plus tôt. Le piège, c’est justement là : un médicament parfaitement adapté à une angine peut devenir problématique dès que les boutons de varicelle pointent le bout de leur nez.

Ce que révèlent les alertes de l’ANSM sur les anti-inflammatoires

L’Agence nationale de sécurité du médicament ne lance pas ce genre d’alerte pour le plaisir. Dans une actualisation de ses recommandations, l’ANSM a signalé plusieurs cas de complications infectieuses, parfois d’issue fatale, chez des adultes comme chez des enfants ayant pris des AINS, que ce soit sur prescription ou en automédication. Ces complications peuvent survenir même lorsque des antibiotiques sont donnés en parallèle, ce qui montre à quel point le mécanisme en jeu est sournois. Une enquête de pharmacovigilance menée par les centres régionaux de Tours et de Marseille a recensé, depuis l’année 2000, 337 cas de complications infectieuses liées à l’ibuprofène et 49 cas liés au kétoprofène. Le mécanisme expliqué par l’ANSM est limpide : ces molécules peuvent masquer la fièvre ou la douleur, ce qui retarde le diagnostic d’une infection sous-jacente et laisse le temps à des complications graves de s’installer. Autrement dit, le médicament ne traite pas le problème, il le camoufle, et c’est précisément ce qui le rend dangereux. L’agence rappelle d’ailleurs que, lorsqu’un AINS est tout de même nécessaire pour d’autres indications, il doit être utilisé à la dose la plus faible possible, sur une durée la plus courte possible : trois jours en cas de fièvre, cinq jours en cas de douleurs. Un cadre strict, loin de l’image du médicament qu’on donne sans trop réfléchir.

Pour y voir plus clair, voici un comparatif simple entre les deux familles de médicaments les plus utilisées contre la fièvre chez l’enfant.

MédicamentAvantagesLimites en cas de varicelle
ParacétamolRecommandé par l’ANSM pour la fièvre et la douleur, sans effet sur l’inflammation cutanéeNécessite de respecter le dosage et la fréquence maximale par jour
Ibuprofène / kétoprofèneEfficace sur l’inflammation et la douleur dans d’autres contextesDéconseillé formellement, risque de masquer l’infection et de favoriser des complications cutanées graves

Le paracétamol, seul réflexe à adopter pour soulager l’enfant

Face à ce constat, le message des autorités sanitaires tient en une phrase, simple et sans ambiguïté : en cas de varicelle, l’ANSM déconseille l’ibuprofène et les autres anti-inflammatoires, liés à des infections graves de la peau, on donne du paracétamol seul. Pas de combo, pas d’improvisation, pas de « juste pour cette fois parce que la fièvre ne baisse pas ». Le CHU de Nantes précise d’ailleurs que le paracétamol peut être donné jusqu’à quatre fois par jour en cas de fièvre, ce qui laisse une vraie marge de manœuvre pour soulager l’enfant sans prendre de risque inutile. Dans la pratique, quelques habitudes simples permettent de traverser cette période sans stress :

  • Vérifier systématiquement la composition des médicaments déjà présents dans l’armoire à pharmacie avant de les donner
  • Privilégier uniquement le paracétamol, adapté au poids et à l’âge de l’enfant
  • Éviter tout anti-inflammatoire, même en crème ou en comprimé, tant que les boutons sont présents
  • Surveiller l’apparition de rougeurs ou de gonflements inhabituels autour des lésions, signe possible de surinfection
  • Demander conseil au pharmacien ou au médecin en cas de doute sur un traitement déjà en cours

Ce genre de vigilance n’a rien d’anxiogène, c’est simplement une façon concrète de reprendre la main sur une situation qui, sinon, se joue un peu dans le brouillard. D’autant que la varicelle reste une maladie extrêmement fréquente : avec près de 449 000 cas estimés récemment et 90 pour cent de la population touchée avant l’âge de 9 ans, la question n’est pas de savoir si on y sera confronté un jour, mais plutôt quand. Autant avoir les bons réflexes sous la main.

La varicelle fait partie de ces étapes presque obligées de l’enfance, un peu désagréable, un peu spectaculaire avec ses dizaines de boutons, mais globalement bénigne quand elle est bien accompagnée. Le vrai danger ne vient pas de la maladie elle-même, mais du mauvais choix de médicament au mauvais moment. En gardant en tête ce simple réflexe du paracétamol, et en laissant l’ibuprofène et ses cousins bien fermés dans le placard, les parents transforment une alerte sanitaire un peu anxiogène en geste de prévention tout simple. Et ça, c’est déjà une petite victoire du quotidien, de celles qui ne font pas de bruit mais qui comptent vraiment.