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Maltraitances, violences, brimades… Le Syndicat des professionnels de la petite enfance demande une enquête visant ce groupe gérant des crèches privées

Précision utile avant d’entrer dans le vif du sujet : les faits évoqués ici concernent People & Baby, l’un des poids lourds des crèches privées en France, et non l’ensemble du secteur de la petite enfance. Ces derniers mois, les signalements se multiplient à un rythme qui interpelle : fermetures administratives, plaintes, témoignages d’anciennes salariées, enquêtes préliminaires… Le tableau devient franchement préoccupant pour les familles qui confient chaque matin leur tout-petit à ces structures. Face à cette accumulation, le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE) a décidé de taper du poing sur la table et de réclamer une enquête administrative indépendante visant l’ensemble du groupe. Retour sur une affaire qui pose, en creux, la question du modèle même des crèches privées à but lucratif.

People & Baby dans la tourmente : des témoignages glaçants s’accumulent

Le déclencheur ? La fermeture de deux microcrèches du groupe à Villejuif, dans le Val-de-Marne, sur fond de soupçons de maltraitances. Une ancienne employée, dont les propos ont été relayés dans la presse, décrit un climat qui donne froid dans le dos : enfants tirés brutalement par les bras, insultes du type « tu pues » lancées à une petite fille, couches non changées pendant des heures pour « punir » l’absence d’une collègue, comportements à caractère raciste. La jeune femme dit avoir multiplié les signalements écrits et oraux auprès de sa hiérarchie, sans jamais obtenir de réponse. Il a fallu qu’elle saisisse la Protection maternelle et infantile (PMI) pour que des vérifications soient enfin menées. Dans l’une des structures concernées, un bambin aurait par ailleurs été victime d’attouchements sexuels : une enquête pénale est en cours. Et ces épisodes ne sortent pas de nulle part. Au printemps dernier, un bébé de 21 mois avait été hospitalisé en urgence après avoir présenté un taux d’alcool de 2,14 g/L de sang à la sortie d’une microcrèche People & Baby de l’Oise. Plus tôt encore, en 2022, une fillette de 11 mois était décédée à Lyon après avoir ingéré un produit caustique dans un établissement du même groupe.

Le Syndicat national des professionnels de la petite enfance monte au créneau et réclame des comptes

C’est dans ce contexte que le SNPPE a adressé une lettre à Matignon, plus précisément à Sébastien Lecornu, pour demander l’ouverture d’une mission nationale conjointe de l’Igas et de l’IGF portant sur le groupe dans son ensemble. L’idée : ne plus traiter les affaires au cas par cas, crèche par crèche, mais examiner l’ensemble de la structure, ses pratiques de gestion, sa gouvernance et ses conditions d’accueil. Le syndicat ne s’arrête pas là et formule plusieurs demandes concrètes :

  • Un moratoire immédiat sur toute nouvelle autorisation, reprise d’établissement, délégation de service public ou réservation de berceaux au bénéfice de People & Baby.
  • Le réexamen de toutes les autorisations détenues par les crèches du groupe, avec administration provisoire, suspension ou fermeture lorsque la sécurité des enfants n’est pas garantie.
  • À terme, l’extinction programmée de l’activité de People & Baby comme gestionnaire de crèches, avec transfert des établissements vers des acteurs publics, associatifs ou jugés plus fiables.

Le syndicat évoque des fragilités persistantes depuis le drame de Lyon en 2022, et une incapacité manifeste, selon lui, à redresser durablement la barre malgré les alertes répétées.

Derrière les berceaux, un modèle économique qui inquiète jusqu’au sommet de l’État

Impossible de comprendre cette affaire sans regarder le montage financier qui l’entoure. People & Baby est passé en procédure de sauvegarde accélérée fin 2024, avant de basculer sous le contrôle du fonds d’investissement anglo-saxon Alcentra au printemps 2025. Dans la foulée, le groupe avait annoncé la fermeture de 44 crèches dans le cadre d’un plan de transformation. En parallèle, l’association anticorruption Anticor a déposé une plainte pour escroquerie et détournement de fonds publics. Le SNPPE pointe lui aussi des « infractions économiques et financières » possibles liées à l’utilisation d’argent public, sachant qu’une partie du financement de ces structures repose sur les prestations de service versées par la Caf. Depuis plusieurs années, les critiques adressées à certains grands groupes privés convergent : une course à la rentabilité qui se ferait, dans les cas les plus problématiques, au détriment de la sécurité et du bien-être des enfants. Un rapport de l’Igas publié début 2023 avait déjà chiffré à environ 10 000 équivalents temps plein manquants pour que les crèches françaises fonctionnent correctement. Autrement dit, une pénurie chronique d’adultes autour des tout-petits, sur laquelle viennent se greffer, dans certaines structures, des dérives managériales.

Pour les parents, la question devient rapidement très concrète : à qui confier son bébé ? Sans céder à la panique, il est légitime de se renseigner sur le gestionnaire de sa crèche, de dialoguer avec les équipes, d’observer l’ambiance à l’arrivée et au départ, et de ne pas hésiter à saisir la PMI en cas de doute sérieux. L’affaire People & Baby pourrait bien accélérer une réforme attendue de longue date sur le contrôle des crèches privées en France. Reste une question de fond : jusqu’où peut-on laisser un secteur aussi sensible que celui de la petite enfance obéir à des logiques purement financières, quand ce sont nos enfants les plus jeunes qui sont en jeu ?