Une piscinette gonflable oubliée sur la terrasse depuis trois ou quatre jours n’est plus un simple jouet d’été : c’est un réservoir d’eau tiède où prolifère une bactérie bien connue des dermatologues et des pédiatres, Pseudomonas aeruginosa. Sans chlore, sans filtration, exposée au soleil qui la réchauffe doucement, cette eau stagnante devient un terrain idéal pour cette bactérie ubiquitaire des milieux humides, responsable de folliculites et d’otites chez les tout-petits qui y barbotent.
À retenir
- Neuf piscinettes gonflables sur dix testées étaient colonisées par une bactérie pathogène
- L’otite du nageur peut apparaître après une seule baignade dans une eau contaminée
- Un geste simple change tout : faut-il vraiment la vider chaque jour ?
Une bactérie qui adore l’eau tiède et immobile
Pseudomonas aeruginosa n’a rien d’exotique. C’est une bactérie que l’on retrouve partout où il y a de l’humidité, des canalisations d’hôpital aux spas mal entretenus. Elle est la principale cause de la folliculite du jacuzzi et de l’otite externe, tout en étant très ubiquitaire dans les systèmes d’eau grâce à une résistance antimicrobienne intrinsèque. elle n’a pas besoin de grand-chose pour s’installer : un peu d’eau, une température clémente, et le temps fait le reste.
Une piscinette gonflable coche toutes les cases. L’eau n’est pas traitée, elle stagne, elle chauffe au soleil pendant la journée. Une étude publiée sur les piscines et spas a d’ailleurs souligné l’importance d’un entretien rigoureux des installations face à ce pathogène associé aux eaux récréatives. Mais une piscinette de jardin, contrairement à un bassin municipal, n’a ni système de filtration ni contrôle sanitaire. Elle se transforme en incubateur miniature, day after day, sous l’œil ravi des enfants qui ne demandent qu’à y retourner.
Le cas n’est pas théorique. Une enquête menée après une épidémie de folliculite liée à un jeu gonflable de piscine a établi que le risque de développer une folliculite après utilisation du gonflable était multiplié par douze, et que la souche de P. aeruginosa retrouvée sur le gonflable était identique à celle prélevée sur la peau des cas. Plus frappant encore : sur dix gonflables de piscine testés dans le cadre de cette étude, neuf étaient colonisés par P. aeruginosa. Neuf sur dix. Le chiffre mérite d’être répété tant il tranche avec l’image inoffensive du jouet en plastique coloré.
Folliculite et otite : deux visages de la même bactérie
Chez l’enfant qui a passé l’après-midi dans une eau contaminée, deux tableaux cliniques reviennent le plus souvent. Le premier, la folliculite, se manifeste par de petits boutons rouges et parfois prurigineux autour des poils, apparaissant généralement entre 24 et 72 heures après l’exposition et durant une à deux semaines. Rien de dramatique dans la grande majorité des cas : la folliculite des bains chauds disparaît généralement sans traitement, aucun antibiotique n’étant nécessaire. Mais l’éruption peut inquiéter des parents qui ne font pas immédiatement le lien avec la piscinette du jardin.
Le second tableau, plus redouté par les oreillers, euh, par les oreilles justement, c’est l’otite externe, surnommée l’oreille du nageur. Pseudomonas aeruginosa est l’espèce la plus fréquemment impliquée dans cette pathologie, suivie par Staphylococcus aureus et plus rarement un champignon. Le mécanisme est simple à comprendre : l’otite externe diffuse est souvent consécutive à une modification de la peau du conduit auditif sous l’action de la macération liée à une stagnation d’eau, favorisée par temps chaud. Une eau tiède qui reste coincée dans le conduit auditif après le bain, additionnée d’une bactérie qui ne demande qu’à s’y multiplier : la combinaison est parfaite pour l’infection.
Côté symptômes, les pédiatres savent reconnaître les signaux d’alerte. L’eau contenant la bactérie pénètre dans l’oreille au cours d’un exercice de natation et est responsable de démangeaisons, de douleurs et parfois d’un écoulement au niveau de l’oreille. Dans la grande majorité des cas chez l’enfant en bonne santé, l’infection reste localisée et bénigne. Elle n’en reste pas moins douloureuse, la douleur à la pression du pavillon de l’oreille étant un signe caractéristique retrouvé dans la littérature médicale. Bonne nouvelle tout de même : les spécialistes de médecine d’urgence pédiatrique rappellent que cette otite aiguë externe reste peu fréquente chez les enfants de moins de deux ans, l’âge où les piscinettes sont pourtant le plus utilisées à la maison.
Vider, sécher, recommencer : le réflexe qui change tout
La parade ne relève pas de la haute technologie. Elle tient en trois gestes simples, et le premier est le plus négligé de tous : vider entièrement la piscinette après chaque usage, plutôt que la laisser pleine « pour le lendemain ». L’eau qui stagne une nuit entière au soleil accélère déjà la prolifération bactérienne ; au-delà de 24 à 48 heures, le risque grimpe sensiblement.
Deuxième réflexe : sécher et ranger le bassin à l’ombre entre deux utilisations, plutôt que de le laisser humide sous le soleil de la terrasse. Une piscinette qui sèche complètement limite drastiquement la survie de la bactérie, qui a justement besoin d’humidité permanente pour se multiplier.
Enfin, pour les oreilles, un geste de bon sens issu de la médecine du nageur peut s’appliquer aux tout-petits : sécher soigneusement le conduit auditif après le bain, tête penchée sur le côté, sans coton-tige qui risquerait d’irriter la peau et de favoriser justement l’infection. Les manuels de référence rappellent d’ailleurs qu’il est possible de traiter et prévenir efficacement l’otite du nageur en irriguant les oreilles avec une solution d’acide acétique avant et après la baignade, une astuce de pharmacien plus que de grand-mère, à réserver toutefois aux enfants sans tympan perforé ni tube auditif.
Un détail mérite d’être connu des parents inquiets : la forme grave de l’infection, l’otite externe maligne qui touche l’os et nécessite une hospitalisation, reste l’apanage quasi exclusif des patients immunodéprimés ou diabétiques, rarement des enfants en bonne santé. De quoi relativiser sans pour autant négliger le geste tout bête qui évite bien des soucis : le seau d’eau qu’on renverse sur le gazon en fin de journée, plutôt que de le laisser tiédir jusqu’au lendemain.
Sources : medicoverhospitals.in | msdmanuals.com