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« Ma gynécologue a lâché une remarque sur mon ventre au 6e mois, je ne l’ai jamais oubliée » : ces mots de soignants qui marquent les femmes enceintes


Source: DR

Pourquoi certaines phrases prononcées dans un cabinet médical restent-elles gravées bien après la naissance de bébé ? Une remarque sur un ventre jugé « trop gros », une allusion à l’âge, un commentaire sur la prise de poids : les femmes enceintes le racontent en boucle sur les forums, dans les groupes de parole ou entre copines autour d’un café. Ces petites piques, souvent lâchées sans réelle intention de blesser, s’incrustent pourtant dans la mémoire avec une précision quasi chirurgicale. À l’heure où l’on parle beaucoup de violences obstétricales et de bientraitance, il est temps de s’attarder sur ce que ces mots font aux futures mères, et sur ce qu’elles réclament aujourd’hui : une parole soignante qui accompagne, plutôt qu’une phrase qui marque au fer rouge.

Ces petites phrases qui s’incrustent dans la mémoire bien après l’accouchement

Il suffit parfois d’une seconde. Une gynécologue qui glisse un « dites donc, on se lâche sur les gâteaux ? » au sixième mois, une sage-femme qui lance un « votre bébé est vraiment gros, ça va être compliqué« , un obstétricien qui souffle « à votre âge, faut pas traîner pour le deuxième« . Et voilà, la phrase est là, tapie quelque part dans un coin du cerveau, prête à ressurgir des années plus tard, parfois en pleine nuit. Ce qui frappe, c’est la précision du souvenir : les femmes se rappellent le ton, la lumière du cabinet, la position sur la table d’examen. La grossesse est une période d’hypersensibilité émotionnelle, où le corps se transforme à toute vitesse et où la confiance en soi vacille. Dans ce contexte, une remarque anodine pour le soignant devient une petite bombe à retardement, capable de nourrir la culpabilité pendant des mois, voire des années.

Quand le vocabulaire médical bascule dans le jugement et nourrit la culpabilité

La frontière est ténue entre l’information médicale et le commentaire personnel. Rappeler qu’une prise de poids importante peut favoriser un diabète gestationnel relève du soin. Lâcher un « vous avez vraiment pris, hein » relève, lui, du jugement pur. Le problème, c’est que certaines formulations reviennent avec une régularité déconcertante dans les témoignages de patientes. En voici quelques-unes que beaucoup de femmes reconnaîtront :

  • « Votre bébé est trop gros« , asséné sans nuance, qui installe l’angoisse d’un accouchement compliqué
  • « À votre âge, il faut se dépêcher« , qui réduit la femme à une horloge biologique
  • « Vous avez trop grossi« , souvent sans contextualisation médicale
  • « Votre bassin est étroit« , prononcé comme une sentence
  • « Ce n’est pas si douloureux, arrêtez d’en rajouter« , qui invalide le ressenti
  • « Vous vouliez un bébé, assumez« , entendu parfois en salle de naissance

Ces phrases ont un point commun : elles glissent du champ médical vers celui du jugement moral. Elles culpabilisent la femme sur son corps, son âge, ses choix, son endurance à la douleur. Et comme la patiente est en position de vulnérabilité, allongée, souvent dénudée, elle n’a ni l’énergie ni la légitimité, sur le moment, de rétorquer quoi que ce soit. Le silence s’installe, la phrase s’imprime.

Vers une parole soignante plus douce : ce que les femmes attendent vraiment de leurs praticiens

La bonne nouvelle, c’est que la parole soignante évolue. De plus en plus de professionnels se forment à la communication bienveillante, à l’écoute active, à la formulation d’informations médicales sans jugement. Ce que les femmes réclament n’a rien d’exubérant : elles veulent simplement être considérées comme des adultes capables d’entendre une information, à condition qu’elle soit dite avec tact. Voici, en synthèse, ce qui fait basculer une consultation du côté de la bientraitance :

Ce qui blesseCe qui rassure
« Vous avez trop grossi »« Regardons ensemble votre courbe de poids »
« Votre bébé est trop gros »« Bébé se développe bien, voici ce que ça implique »
« À votre âge… »« Voici les points de vigilance liés à votre profil »
« Ce n’est pas si douloureux »« Je vous crois, voyons comment vous soulager »
Commentaires sur la morphologieObservations cliniques argumentées

Côté patientes, quelques réflexes peuvent aider à ne pas laisser une phrase malheureuse gâcher le suivi. Ne pas hésiter à reformuler ce qu’on vient d’entendre (« vous voulez dire que… ? »), demander des précisions médicales concrètes, oser dire que la remarque a blessé, et surtout, changer de praticien si le lien de confiance est rompu. Un suivi de grossesse, ça se choisit, ça se discute, ça se quitte aussi.

Derrière chaque grossesse se cache une femme à fleur de peau, qui mérite mieux qu’une remarque lancée à la volée entre deux mesures d’utérus. Faire évoluer les mots, c’est déjà transformer l’expérience de la maternité, et redonner aux futures mères la confiance qui leur revient de droit. Et si, la prochaine fois qu’une phrase de soignant vous heurte, vous osiez répondre, calmement mais fermement, que vous méritez d’être accompagnée autrement ?