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« Je pensais bien faire » : cette habitude alimentaire que les gynécologues déconseillent dès le premier trimestre


Source: DR

La grossesse est cette période unique où le corps d’une femme héberge et nourrit un futur être humain pendant environ neuf mois. Une aventure biologique fascinante, mais qui s’accompagne aussi de son lot d’idées reçues, transmises de génération en génération autour d’un café ou d’un repas de famille. Parmi elles, une injonction persiste : celle de « manger pour deux ». Une phrase apparemment bienveillante, souvent lancée par une belle-mère attentionnée ou une amie déjà passée par là, mais qui pousse de nombreuses futures mamans à revoir leurs portions à la hausse dès les premières semaines. Une intention louable, mais une erreur que les gynécologues rappellent sans relâche : cette habitude alimentaire, loin d’être bénéfique, peut mettre en péril la santé de la mère comme celle de l’enfant à naître.

Le mythe du « manger pour deux » s’effondre face à la réalité médicale

« Je pensais bien faire », entend-on souvent en consultation. Et pour cause : cette croyance a la peau dure. Pourtant, la réalité physiologique est bien différente de ce que l’on imagine. Au premier trimestre, l’embryon mesure quelques millimètres et ses besoins énergétiques sont… quasiment nuls par rapport à ceux de la mère. Doubler les portions, se resservir « parce que bébé le demande » ou céder systématiquement aux envies sucrées relève davantage du réflexe culturel que du besoin biologique. Les gynécologues insistent : ce n’est pas la quantité qui compte, mais bien la qualité nutritionnelle. Une assiette équilibrée, riche en protéines, en fer, en folates et en oméga-3, apportera bien plus à l’enfant à naître qu’un deuxième plat avalé par culpabilité maternelle anticipée.

Quand les kilos en trop ouvrent la porte au diabète gestationnel et à ses complications

Là où le bât blesse, c’est lorsque cette suralimentation s’installe dans la durée. La prise de poids excessive pendant la grossesse n’est pas qu’une question esthétique ou de kilos à perdre après l’accouchement. Elle constitue un véritable facteur de risque médical, avec en tête de liste le redouté diabète gestationnel. Cette pathologie, qui touche une part non négligeable des grossesses en France, peut entraîner un bébé trop gros à la naissance (macrosomie), un accouchement compliqué, voire une césarienne en urgence. Côté maternel, l’hypertension gravidique et la pré-éclampsie guettent également. Voici les erreurs les plus fréquemment observées :

  • Manger systématiquement une seconde portion « parce qu’on est enceinte »
  • Multiplier les grignotages sucrés en pensant calmer les nausées
  • Céder aux envies sans discernement, même quand la faim n’est pas là
  • Abandonner toute activité physique adaptée dès le test positif
  • Boire régulièrement des jus de fruits industriels comme substitut d’eau

Les vrais chiffres à retenir : 150 à 300 calories, pas une bouchée de plus

Alors concrètement, de combien une future maman a-t-elle réellement besoin en plus ? Les recommandations actuelles sont claires et bien loin du fantasme du double plateau-repas. L’apport calorique supplémentaire nécessaire se situe entre 150 et 300 calories par jour, selon le trimestre de grossesse. Autrement dit : une poignée d’amandes, un yaourt nature avec un fruit, ou une tranche de pain complet avec un peu de fromage. Rien de plus. Voici un repère visuel pour mieux se situer :

TrimestreApport supplémentaireExemple concret
1er trimestre0 à 150 kcalUne petite pomme
2e trimestreEnviron 250 kcalUn yaourt + une poignée d’amandes
3e trimestreEnviron 300 kcalUne tartine complète avec fromage frais

Ces chiffres ont de quoi surprendre, tant l’écart est grand avec l’imaginaire collectif. Mais ils rappellent une vérité essentielle : le corps d’une femme enceinte est redoutablement efficace. Il optimise l’absorption des nutriments, adapte son métabolisme, et n’a nul besoin qu’on le gave pour bien faire son travail.

Finalement, bien s’alimenter pendant la grossesse n’a rien à voir avec la quantité, et tout à voir avec la qualité. Écouter sa faim réelle, privilégier des aliments riches en nutriments essentiels et suivre les recommandations de son gynécologue reste la meilleure façon de vivre ces neuf mois sereinement. Et si l’on repensait collectivement notre manière de parler aux femmes enceintes, en remplaçant le fameux « mange, mange ! » par un plus doux « prends soin de toi » ?