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Fini le bracelet à la citronnelle pendant la grossesse : ce que le HCSP demande désormais d’appliquer sur la peau en zone de dengue et de Zika

Le bracelet imprégné de citronnelle, accessoire fétiche de nombreuses futures mamans dès les beaux jours, ne mérite pas la confiance qu’on lui accorde. Sa zone d’action se limite à quelques centimètres autour du poignet ou de la cheville, et l’huile essentielle qu’il diffuse s’évapore en moins d’une demi-heure. le temps d’aller chercher le pain, la protection a déjà disparu. Face à ce constat, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) tranche dans ses recommandations sanitaires aux voyageurs : chez la femme enceinte, seuls certains répulsifs cutanés à base de substances chimiques précises offrent une protection réelle contre les piqûres de moustiques porteurs de la dengue, du Zika ou du chikungunya.

À retenir

  • Pourquoi les bracelets à la citronnelle ne protègent presque rien pendant la grossesse
  • Quelle molécule chimique les autorités sanitaires privilégient réellement
  • Les règles d’application oubliées qui réduisent à néant l’efficacité du meilleur produit

Pourquoi le bracelet à la citronnelle ne protège (presque) rien

L’argument écologique séduit, mais l’efficacité déçoit. Les autorités sanitaires régionales sont formelles sur ce point : en raison de leur durée d’efficacité généralement brève et des risques d’allergie ou de photosensibilisation, il n’est pas recommandé d’utiliser les huiles essentielles comme répulsif cutané. Un bracelet, aussi joliment parfumé soit-il, ne crée pas un nuage protecteur autour du corps entier, contrairement à ce que suggère son marketing.

Le problème est double pendant la grossesse. D’abord, l’huile essentielle de citronnelle fait partie des substances à écarter formellement : les huiles essentielles contenant de la cétone sont interdites aux femmes pendant leur grossesse, car elles sont neurotoxiques et potentiellement abortives, la citronnelle figurant justement dans cette liste noire aux côtés de l’eucalyptus ou de la menthe poivrée. Ensuite, le terrain hormonal de la grossesse rend la peau plus réactive : les femmes enceintes, qui sont plus sensibles aux allergies pendant la grossesse, ne peuvent pas en porter, rappelle un comparatif consacré à ces accessoires. Un accessoire censé rassurer devient alors une source de risque supplémentaire, sans même remplir sa fonction première.

Ce que le HCSP recommande réellement pendant la grossesse

Le document de référence, régulièrement actualisé, ne laisse guère de place au doute. Le HCSP préconise, dans ses recommandations sanitaires pour les voyageurs, l’utilisation de répulsifs cutanés, à condition de respecter les règles de bonne utilisation, et les molécules bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché pour la prévention des piqûres de moustique sont le DEET, l’IR3535 et l’icaridine. Trois familles chimiques, trois profils de tolérance différents, mais une même logique : ce sont les seules substances validées par un dossier réglementaire européen sérieux.

Chez la femme enceinte spécifiquement, l’IR3535 tient la corde. Il est considéré comme le répulsif à privilégier chez les femmes enceintes en France métropolitaine, notamment selon les recommandations du HCSP, son absorption cutanée étant faible et ses études de tolérance rassurantes. Le Centre de référence sur les agents tératogènes confirme cette tendance : l’IR3535 n’est pas tératogène chez l’animal, et bien qu’il n’existe pas de donnée publiée chez des femmes enceintes exposées en cours de grossesse, aucun effet malformatif, fœtal ou néonatal attribuable à ce produit n’a été rapporté à ce jour.

Le DEET reste, lui, un peu plus discuté selon les sources. Certaines fiches grand public le déconseillent pendant la grossesse, quand d’autres, plus cliniques, nuancent fortement. Ainsi, l’Assurance maladie précise que ce répulsif est contre-indiqué chez la femme enceinte et le petit enfant de moins de 2 ans, contrairement à l’IR3535 qui peut être utilisé chez l’enfant à partir de 6 mois ou la femme enceinte, mais à de plus faibles concentrations. À l’inverse, le CRAT, référence des professionnels de santé sur les questions de tératogénicité, rappelle que le DEET est le répulsif le mieux étudié chez la femme enceinte, avec un recul d’utilisation important, et qu’aucun effet malformatif, fœtal ou néonatal attribuable au DEET n’est retenu à ce jour. Ce grand écart d’appréciation illustre une réalité simple : mieux vaut demander conseil à son médecin ou sa sage-femme avant de trancher, en particulier en zone à risque élevé de dengue ou de Zika.

Les concentrations à ne pas dépasser

La règle d’or n’est pas de choisir le produit le plus concentré, mais le plus adapté. Les sociétés savantes de médecine des voyages sont claires sur ce point : si un répulsif cutané est indiqué, il faut utiliser la concentration la plus faible efficace, soit DEET 30 %, IR3535 20 % ou icaridine 20 %. Au-delà, le gain de protection est marginal, alors que le risque d’irritation cutanée augmente. Un flacon affichant 50 % de DEET n’a donc rien d’un atout supplémentaire pendant la grossesse, bien au contraire.

Bien appliquer son répulsif : les règles à respecter

Un bon produit mal utilisé perd une grande partie de son intérêt. Les zones à traiter sont précises : peau découverte, hors muqueuses, avec une attention particulière portée aux chevilles même en cas de port de chaussettes. Il faut aussi éviter d’appliquer un répulsif sur une peau déjà lésée ou irritée, fréquente en fin de grossesse au niveau des jambes gonflées.

La forme galénique compte également. Les recommandations officielles orientent vers les textures les moins volatiles possibles pour limiter l’inhalation, un point sensible en cas de nausées gravidiques. Coupler le répulsif avec des vêtements longs et une moustiquaire imprégnée reste la combinaison la plus protectrice, en particulier lors d’un séjour en zone d’endémie où la dengue continue de progresser chaque année sous des latitudes de plus en plus septentrionales, moustique tigre oblige.

Un détail échappe souvent aux futures mamans les plus prudentes : la crème solaire et le répulsif ne font pas bon ménage. L’application simultanée des deux produits réduit l’efficacité protectrice solaire tout en modifiant l’absorption du répulsif, ce qui impose de respecter un délai entre les deux, et de renouveler le répulsif plus souvent que d’habitude. Un réflexe simple, mais rarement mentionné sur les notices grand public, qui vaut pourtant autant qu’un bon choix de molécule.