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Enceinte de 6 mois, j’ai acheté un spray pour déboucher mon nez la nuit : la sage-femme m’a demandé de lui montrer la boîte

Trois mois de nez bouché, jour et nuit, sans le moindre rhume à l’horizon. Voilà ce qui pousse tant de femmes enceintes vers le rayon pharmacie, en quête d’un spray décongestionnant censé régler le problème en quelques pulvérisations. Mais ce réflexe, presque automatique, peut poser un vrai problème : les sprays vasoconstricteurs figurent parmi les traitements à éviter pendant la grossesse, et la réaction d’une sage-femme face à une boîte glissée dans un sac n’a rien d’excessif.

À retenir

  • Un phénomène hormonal touche 30% des femmes enceintes, mais ce n’est pas un rhume classique
  • Le spray décongestionnant ordinaire cache une molécule que les autorités sanitaires déconseillent formellement
  • Des solutions simples mais efficaces existent, et certains traitements sur ordonnance restent possibles

Un nez bouché qui n’a rien à voir avec un rhume

Ce nez qui reste obstrué pendant des semaines, parfois des mois, porte un nom précis : la rhinite gravidique, aussi appelée rhinite gestationnelle ou vasomotrice. Ce phénomène touche près de 30 % des femmes enceintes et vient principalement des hormones, en particulier des œstrogènes et de la progestérone, qui augmentent le flux sanguin dans les muqueuses nasales. Concrètement, les vaisseaux sanguins du nez se dilatent, les tissus gonflent, et l’air circule moins bien. Rien à voir avec un virus ou du pollen.

La rhinite gestationnelle est un rhume causé par les hormones de grossesse (œstradiol et progestérone), qui provoquent l’inflammation et le gonflement des muqueuses du nez. Autre différence de taille avec un rhume classique : contrairement à un rhume classique, la rhinite gestationnelle ne s’accompagne pas de fièvre, de maux de gorge ou de douleurs musculaires. Et alors qu’un rhume ordinaire s’efface en une semaine, celui-ci s’installe pour de bon : un rhume normal guérit spontanément après une semaine à 10 jours, la rhinite induite par la grossesse dure en moyenne 4 mois avec une résolution complète des symptômes entre le 2e et le 16e jour après l’accouchement chez la majorité des femmes. Autant dire qu’il faut composer avec, sans attendre de miracle avant la naissance.

Pourquoi le spray décongestionnant classique est une mauvaise idée

Là où le bât blesse, c’est que le réflexe le plus naturel, celui d’attraper le même spray qu’avant la grossesse, tombe justement sur la case interdite. Les sprays vasoconstricteurs nasaux ou oraux destinés à déboucher le nez sont également interdits chez la femme enceinte. Le Centre de référence sur les agents tératogènes, référence en la matière pour les professionnels de santé, est catégorique sur les molécules concernées : les vasoconstricteurs par voie orale (phényléphrine ou pseudoéphédrine), seuls ou associés à un antihistaminique et/ou à un antipyrétique, font partie des traitements à écarter, selon l’information de l’ANSM.

La raison ? Ces molécules resserrent les vaisseaux sanguins, y compris ceux qui irriguent le placenta, ce qui explique la prudence des autorités sanitaires. Une synthèse publiée dans la Revue Médicale Suisse le confirme noir sur blanc : les vasoconstricteurs à usage topique nasal sont autorisés durant la grossesse et l’allaitement, en évitant leur abus, par contre les décongestionnants par voie orale sont contre-indiqués durant toute la grossesse, en raison de la pseudo-éphédrine. Une nuance existe donc entre spray nasal et comprimé, mais dans les faits, la plupart des sprays vendus sans ordonnance en pharmacie contiennent justement les molécules à risque, d’où la vigilance systématique des sages-femmes et pharmaciens dès qu’une boîte apparaît sur le comptoir.

Ce n’est pas qu’une question de principe. Une note de la revue Prescrire, citée régulièrement dans la littérature médicale francophone, évoque directement des risques pour l’enfant à naître liés aux vasoconstricteurs décongestionnants durant la grossesse. Difficile, dans ces conditions, de reprocher à une soignante de vouloir vérifier la composition exacte d’un produit avant de laisser filer une utilisatrice enceinte avec un flacon en poche.

Ce qui fonctionne vraiment, sans mettre le bébé en danger

Bonne nouvelle : il existe des alternatives, moins spectaculaires mais sans risque. Le lavage nasal reste la solution de référence, unanimement recommandée. Le lavage nasal au sérum physiologique, les sprays d’eau de mer et le mouchage restent le traitement de 1ère intention des rhinites. Rien de miraculeux, mais répété plusieurs fois par jour, ce geste simple dégage réellement les fosses nasales.

Côté position pour dormir, un détail change tout : surélever son buste avec un coussin facilite la circulation de l’air dans les voies aériennes pendant la nuit, moment où la congestion se fait le plus sentir. Un humidificateur dans la chambre aide aussi, en évitant que l’air trop sec n’irrite davantage des muqueuses déjà fragilisées.

Quand la gêne devient vraiment invalidante, il ne faut pas hésiter à en parler en consultation plutôt qu’à improviser. Certains traitements sur ordonnance restent envisageables : les sprays nasaux aux corticostéroïdes, avec ou sans antihistaminique, sont autorisés à faibles doses et sur une courte durée, toujours sous avis médical. Un spécialiste interrogé par Medscape confirme cette marge de manœuvre : pendant la grossesse, les corticoïdes nasaux, les antihistaminiques oraux (à l’exception du chlorhydrate d’azélastine avant 10 SA), et le bromure d’ipratropium sont autorisés. des solutions existent, mais elles se prescrivent, elles ne s’improvisent pas devant un rayon de pharmacie.

Un détail mérite d’être gardé en tête pour la suite : cette rhinite n’est pas une fatalité éternelle. Elle s’efface généralement dans les deux à trois semaines suivant l’accouchement, quand les taux hormonaux retombent brutalement. En attendant ce jour, mieux vaut miser sur le sérum physiologique et l’oreiller surélevé que sur le spray du placard de la salle de bain, celui qui traînait là depuis le dernier rhume d’avant grossesse.