in

Après chaque baignade, je remettais ma robe par-dessus mon maillot trempé : au cabinet, on m’a expliqué ce que mon corps fabriquait déjà en trop

Chaque été, le même rituel : sortir de l’eau, attraper la serviette, enfiler la robe légère par-dessus le maillot encore ruisselant, direction le bar de la plage ou la terrasse du camping. Enceinte de cinq mois cet été-là, je trouvais ça pratique, presque malin. Trois semaines plus tard, des démangeaisons intimes m’ont poussée vers un cabinet de gynécologie. Le diagnostic est tombé sans détour : mycose vaginale. La sage-femme m’a expliqué que mon corps, à cause de la grossesse, produisait déjà en excès une substance qui nourrit littéralement les champignons responsables de l’infection, et que garder ce tissu humide contre la peau pendant des heures avait fini par faire pencher la balance.

À retenir

  • Pourquoi la grossesse multiplie par 10 à 20 le risque de mycose vaginale
  • Comment un maillot mouillé devient l’accélérateur d’une infection quand le terrain est déjà fragilisé
  • Ce geste simple que peu de femmes enceintes connaissent, mais que les gynécologues recommandent unanimement

La grossesse change déjà la donne, avant même le maillot

Le corps enceinte n’est pas seulement plus fatigué ou plus sensible : il se transforme aussi de l’intérieur, au niveau de la muqueuse vaginale. Pendant la grossesse, l’augmentation des œstrogènes modifie la muqueuse vaginale et la rend plus riche en glycogène, une substance dont les champignons raffolent. Ce glycogène, c’est en quelque sorte un buffet à volonté pour le Candida albicans, le champignon responsable de la grande majorité des mycoses vaginales.

Le phénomène est documenté depuis longtemps dans la littérature médicale. Une étude publiée dans le Pan African Medical Journal rappelle que la candidose vulvo-vaginale est plus fréquente pendant la grossesse en raison d’un pH vaginal élevé, d’une augmentation du glycogène épithélial vaginal, d’une glucosémie élevée et d’une glycosurie intermittente. Concrètement, les chercheurs estiment que la candidose augmenterait de 10 à 20 fois plus pendant la grossesse par rapport à une femme non enceinte. Un travail mené à l’hôpital de Mènontin, au Bénin, a même mesuré cet écart sur le terrain : la prévalence de la candidose vulvo-vaginale augmentait significativement chez les femmes enceintes (68,63%) par rapport aux femmes non enceintes (48,05%). Autant dire que le terrain est déjà miné avant même d’avoir posé une serviette sur le sable.

À cela s’ajoute un autre paramètre : le système immunitaire local se réajuste lui aussi pendant la grossesse. Le système immunitaire se modifie naturellement pour s’adapter à la grossesse, et cette modulation rend parfois plus difficile la régulation de certains micro-organismes, dont les champignons. Deux mécanismes qui se cumulent, et non un seul, ce qui explique pourquoi tant de femmes découvrent une mycose pour la première fois justement enceintes.

Le maillot mouillé, l’accélérateur qu’on ne soupçonne pas

Ce terrain hormonal favorable n’attend qu’un déclencheur. Et l’été en fournit un tout trouvé : le tissu synthétique trempé, gardé contre la peau pendant des heures. Les gynécologues le répètent chaque saison. Selon la dermatologue Dima Haidar, interrogée par Allo Docteurs, cela peut arriver lorsque l’on porte un maillot mouillé sur une longue durée, car la macération crée l’environnement idéal pour le développement de champignons ou d’infections bactériennes.

La logique est simple mais souvent oubliée une fois la serviette posée sur les épaules : les champignons et les bactéries prolifèrent dans les endroits sombres et humides, tels que les maillots de bain mouillés ou les vêtements de sport trempés, expliquait déjà en 2016 la gynécologue Alyssa Dweck, du Mount Sinai. Le bas de maillot coche toutes les cases : sombre, chaud, gorgé d’eau. Les champignons ont tendance à se développer dans les environnements chauds et humides, et les bas de maillots de bain mouillés rassemblent bien ces deux critères.

Il y a aussi ce que le maillot transporte avec lui. En sortant de l’eau chlorée ou salée, le tissu retient des résidus qui viennent perturber un équilibre déjà fragilisé par la grossesse. Le tissu du maillot de bain a tendance à absorber les divers produits chimiques et bactéries présents dans l’eau, et une fois qu’on en sort, les parties intimes macèrent avec tous ces germes, ce qui peut perturber l’équilibre de la flore vaginale. Chlore, sel, sable : rien de tout cela n’est fait pour cohabiter des heures avec une muqueuse déjà plus fragile.

Ce que le cabinet médical recommande, concrètement

Le message de la sage-femme, ce jour-là, tenait en une phrase : changer de maillot ne relève pas du confort, c’est un geste de prévention à part entière pendant la grossesse. Les recommandations qui reviennent le plus souvent chez les professionnels de santé sont peu nombreuses, mais efficaces :

  • Se changer dès la sortie de l’eau, plutôt que d’attendre la fin de la journée à la plage.
  • Privilégier des sous-vêtements en coton une fois rhabillée, pour laisser la peau respirer.
  • Sécher soigneusement la zone intime avant d’enfiler un vêtement sec, la serviette ne suffisant pas toujours.
  • Éviter de garder un maillot humide sous une robe pendant plusieurs heures, même sans baignade prolongée.

Rien d’extraordinaire, mais un rappel utile quand on porte un enfant et qu’on a déjà, sans le savoir, un excès de glycogène vaginal à gérer. La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que cette infection reste bénigne. La mycose vaginale reste bénigne, sans danger pour votre bébé, et se traite facilement avec des soins adaptés. Encore faut-il consulter plutôt que d’attendre, et surtout ne pas s’auto-médicamenter : l’utilisation d’ovules pour éliminer une mycose pendant la grossesse doit être supervisée par un médecin, car l’auto-médication peut entraîner des risques pour la maman et pour le bébé.

Un détail mérite d’être connu avant la fin des grandes chaleurs : une infection non traitée à l’accouchement peut se transmettre au nouveau-né. Une infection vaginale mal traitée pendant la grossesse peut augmenter le risque d’exposition du bébé au champignon lors de l’accouchement, ce qui peut mener à une candidose orale chez bébé et entraîner des difficultés d’allaitement. De quoi convaincre les plus pressées de troquer, cet été, la robe posée sur le maillot mouillé contre cinq minutes de plus dans la cabine de bain.