Il y a une image qui colle à la peau des grands-parents depuis des générations : le fauteuil, le journal plié en quatre, la sieste après le déjeuner. Une image rassurante, presque immuable, transmise de foyer en foyer. Sauf que cette image a pris un sacré coup de vieux. Quand mon père a annoncé qu’il prenait sa retraite pour récupérer mes enfants à la sortie de l’école, j’imaginais des goûters au chocolat et des parties de dominos. Je me trompais complètement. Ce que j’ai découvert entre deux séances de devoirs a bousculé bien plus que mes attentes : cela a redessiné, presque malgré moi, une partie de mes règles éducatives.

À retenir
  • Selon le 4e baromètre de la Fondation pour l'Enfance, 88 % des parents se disent aujourd'hui à l'aise avec les outils numériques
  • Près de 65 % des parents utilisent les écrans comme récompense après un effort ou un comportement attendu de l'enfant
  • Le 3018 est le numéro national contre le harcèlement et les violences numériques, utile comme filet de sécurité

Le jour où j’ai surpris mon père en plein cours de codage improvisé

Ce jour-là, je rentre plus tôt du travail. Dans le salon, mes enfants sont penchés sur une tablette, mon père à côté d’eux, mine concentrée. Je m’attends à un dessin animé en fond sonore. À la place, j’entends mon fils expliquer fièrement une suite de blocs de commandes qu’il vient d’assembler pour faire avancer un personnage à l’écran. Mon père, lui, pose des questions, encourage, corrige gentiment une erreur de logique. Un vrai cours de codage improvisé, sans manuel, sans injonction, juste posé là entre deux exercices de maths. Je reste sur le pas de la porte, un peu sonnée. Ce grand-père que je pensais connaître par cœur venait de m’apprendre qu’il en savait visiblement plus que moi sur les usages numériques du quotidien.

En creusant un peu, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un hasard isolé. Il s’était renseigné, avait suivi des ateliers numériques proposés dans sa région pour apprendre, aux côtés d’autres parents et grands-parents, à mieux comprendre les écrans, les réseaux sociaux et même les bases de l’intelligence artificielle. Des rendez-vous pensés justement pour que les générations se parlent le même langage numérique, avec l’appui de professionnels du numérique et d’associations dédiées à la jeunesse. Mon père, retraité récent, s’était tout simplement mis à jour, un peu comme on révise avant un examen, sauf que l’examen, c’était nous.

Pourquoi les grands-parents 2.0 n’ont plus rien à voir avec ceux qu’on a connus

Autant le dire tout de suite : le papi immobile devant sa télévision, c’est terminé. Les grands-parents d’aujourd’hui sont souvent encore actifs professionnellement au moment où ils deviennent grands-parents, à un âge où l’on jongle encore entre agenda chargé, sport et vie sociale. Beaucoup possèdent un smartphone, ouvrent WhatsApp aussi vite que leurs enfants et n’hésitent plus à demander à leurs petits-enfants comment fonctionne telle ou telle application. Cette proximité numérique n’a rien d’anecdotique : elle change profondément la nature du lien intergénérationnel.

Les chiffres confirment ce basculement. D’après le 4e baromètre de la Fondation pour l’Enfance, 88 % des parents se disent aujourd’hui à l’aise avec les outils numériques, un environnement devenu presque banal dans les foyers. Et surtout, près de 65 % des parents utilisent les écrans comme une récompense après un effort ou un comportement attendu de l’enfant. Une pratique qui, loin d’être taboue, s’est largement démocratisée, y compris chez les grands-parents qui l’observent, l’adoptent parfois, et la questionnent aussi.

Ce qui distingue vraiment cette nouvelle génération de grands-parents, ce sont quelques traits qui reviennent souvent :

  • Ils restent connectés au quotidien, via messagerie instantanée ou appels vidéo avec leurs petits-enfants éloignés.
  • Ils s’intéressent activement aux codes numériques des plus jeunes plutôt que de les juger de loin.
  • Ils participent à des ateliers ou formations pour mieux accompagner les usages du numérique en famille.
  • Ils privilégient le partage et la complicité plutôt qu’une autorité rigide.
  • Ils veulent aussi préserver leur propre rythme de vie, sans se sacrifier entièrement au rôle de babysitter permanent.

Pour visualiser ce basculement, voici comment l’ancienne image du grand-parent se compare à celle qui s’impose aujourd’hui.

ApprocheAvantagesLimites
Grand-parent traditionnelRepères stables, transmission de valeurs, présence rassuranteParfois éloigné des usages numériques des enfants, incompréhensions possibles
Grand-parent connectéComplicité renforcée, dialogue facilité sur les écrans, transmission actualiséeRisque de flou sur les règles, nécessité de coordination avec les parents

Ce tableau n’a rien d’un jugement de valeur : il montre simplement que le rôle a évolué, sans pour autant perdre en richesse. Au contraire, cette nouvelle génération de grands-parents utilise le numérique pour s’impliquer plus activement dans l’éducation de leurs petits-enfants, là où avant, la fracture numérique creusait parfois un fossé entre les âges.

Ce que cette complicité numérique a changé dans mon rôle de parent

Après cette scène de codage improvisé, j’ai revu mes certitudes une à une. J’avais des règles strictes sur les écrans, pensées comme un rempart plutôt que comme un outil d’apprentissage. Voir mon père transformer un moment d’écran en moment d’échange et de pédagogie m’a obligée à nuancer ma position. Le numérique n’est pas l’ennemi en soi : c’est la façon de l’accompagner qui fait toute la différence.

Nous avons donc pris le temps d’en parler, mon père et moi, pour poser un cadre commun plutôt que deux discours contradictoires. C’est d’ailleurs l’un des grands enjeux évoqués autour de la parentalité numérique en cette rentrée 2026 : une nouvelle charte doit justement renforcer le dialogue entre les familles et l’école sur ces usages, tandis que des ressources comme celles proposées pour accompagner la parentalité numérique existent déjà pour guider aussi bien les parents que les grands-parents. Nous avons aussi gardé en tête l’existence du 3018, le numéro national contre le harcèlement et les violences numériques, comme filet de sécurité si jamais un usage venait à déraper.

Concrètement, voici ce que j’ai assoupli dans mon quotidien de parent :

  • Accepter que les écrans puissent être un support d’apprentissage, pas uniquement un temps de pause.
  • Discuter ouvertement avec mon père du cadre attendu, plutôt que de laisser les non-dits s’installer.
  • Valoriser la complicité qu’il crée avec mes enfants autour du numérique, sans crainte de perdre mon autorité de parent.
  • Garder un œil vigilant, sans dramatiser, en m’appuyant sur des repères clairs et des outils fiables.

Ce que cette expérience m’a surtout appris, c’est que l’éducation numérique ne se joue plus à une seule voix. Elle se construit désormais à plusieurs générations, dans un dialogue continu entre parents, grands-parents et enfants, pour poser ensemble un cadre de confiance plutôt qu’une liste d’interdits.

Ce grand-père que je pensais connaître s’est révélé être un allié précieux, capable de transformer une tablette en outil de transmission plutôt qu’en sujet de tension. Entre autorité réinventée et complicité digitale, j’ai fini par comprendre qu’il fallait parfois lâcher un peu de contrôle pour laisser grandir, en même temps, mes enfants et ma façon d’être parent. Et vous, avez-vous déjà été surpris par la façon dont vos propres parents s’approprient le numérique avec vos enfants ?