Un pays qui figure parmi les plus développés au monde, doté d’un système de santé longtemps considéré comme un modèle, mais qui voit ses tout-petits mourir plus souvent qu’ailleurs en Europe. Le paradoxe est difficile à avaler, et pourtant les chiffres sont là, froids et sans appel. En cette fin d’été, alors que les maternités françaises accueillent chaque jour de nouveaux bébés, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales vient rappeler que la France a un sérieux problème avec sa santé périnatale. Vingt-quatre mesures sont proposées pour inverser la tendance. Certaines relèvent du bon sens, d’autres appellent à une vraie révolution organisationnelle. Toutes partagent le même objectif : que naître en France redevienne, statistiquement, aussi sûr que naître chez nos voisins européens.
Un constat qui glace : la France décroche face à ses voisins européens
Les données parlent d’elles-mêmes, et elles ne sont pas tendres. En 2024, 2 709 enfants sont morts avant leur premier anniversaire en France, soit environ un décès pour 250 naissances vivantes. Le taux de mortalité infantile s’établit désormais à 4,1 pour 1 000, contre 3,5 en 2011. Une hausse continue qui place la France au 23e rang sur 27 pays de l’Union européenne. Un classement peu glorieux pour un pays qui aime se targuer d’un système de soins performant. L’IGAS a d’ailleurs fait le calcul : si la France affichait des résultats équivalents à la moyenne européenne, ce sont 529 décès d’enfants de moins d’un an qui auraient pu être évités rien qu’en 2024. Un chiffre qui donne le vertige et qui explique, en partie, l’urgence dans laquelle ce rapport a été commandé puis publié.
Suivi postnatal, accès aux soins : les leviers concrets identifiés par le rapport
Derrière les 24 recommandations, une idée centrale se dégage clairement : agir à chaque étape, de la grossesse aux premières semaines de vie du bébé. Le rapport 2026 recommande notamment un suivi postnatal renforcé et un accès facilité aux soins pour réduire la mortalité maternelle et infantile en France. Concrètement, cela passe par plusieurs axes complémentaires :
- Un lit de réanimation néonatale pour 1 000 naissances, afin d’harmoniser des capacités aujourd’hui très inégales selon les régions
- Une formation renforcée des pédiatres, internes et infirmières prenant en charge les nouveau-nés fragiles
- Un dépistage précoce des grossesses à risque, des pathologies maternelles et des situations de précarité
- Des démarches d’aller-vers, avec des relances systématiques par l’Assurance maladie pour les femmes qui manquent des rendez-vous de suivi
- Un accompagnement du premier mois incluant la surveillance physique et psychologique de la mère comme du bébé
Ce dernier point mérite qu’on s’y attarde. Le retour à la maison, souvent vécu comme une libération après des jours de surveillance médicale, correspond aussi à une période où certaines complications peuvent encore surgir, discrètement. L’IGAS insiste sur la nécessité d’une information plus claire pour les familles, qui se retrouvent parfois seules face à des signaux d’alerte qu’elles ne savent pas toujours interpréter. Une attention particulière est également demandée pour les territoires ultramarins, où les taux de mortalité infantile dépassent nettement ceux observés dans l’Hexagone.
Vers un plan d’action national : ce que le gouvernement pourrait mettre en œuvre dès 2026
Reste à savoir comment ces recommandations vont se traduire dans les faits. Les inspecteurs de l’IGAS appellent les pouvoirs publics à élaborer, dès cette année, un nouveau plan stratégique de périnatalité couvrant la période 2027-2030. Une manière de structurer l’action sur le moyen terme, plutôt que de multiplier les mesures ponctuelles sans cohérence d’ensemble. Autre point notable : le rapport ne préconise pas de fermer massivement les petites maternités. Selon l’IGAS, les réorganisations engagées depuis 2011 n’expliquent pas la dégradation observée, et concentrer davantage les naissances dans de grands établissements ne suffirait pas à résoudre le problème. La réponse devra donc s’adapter à chaque territoire, en tenant compte à la fois de la sécurité des soins, de la disponibilité des professionnels de santé et du temps de trajet nécessaire pour les femmes enceintes. Un équilibre délicat, entre proximité et expertise, que les prochaines décisions politiques devront trouver sans trop tarder.
Vingt-quatre mesures, un plan stratégique à construire, et une urgence désormais reconnue au plus haut niveau institutionnel. Le rapport de l’IGAS a le mérite de poser des mots précis sur une réalité longtemps restée dans l’angle mort du débat public. Reste à voir si ces recommandations trouveront une traduction politique rapide, ou si elles rejoindront la longue liste des constats sans suite. Une chose est sûre : pour les parents, la question n’est pas théorique. Elle se joue à chaque naissance, dans chaque maternité du pays.