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On pense tous qu’un parent décide seul s’il peut prendre des photos de son enfant, alors que ce n’est plus vrai depuis 2024


Source: DR

Un cartable neuf posé devant la porte, un appareil photo qui se dégaine machinalement pour immortaliser la rentrée : ce rituel de fin août, presque tous les parents français le connaissent. On mitraille, on partage, on tague la famille sur les réseaux sociaux, persuadés d’être dans notre bon droit puisque c’est notre enfant. Sauf que ce réflexe, aussi tendre soit-il, ne repose plus tout à fait sur les mêmes règles depuis 2024. Et beaucoup de parents n’en ont tout simplement pas été informés.

Votre autorité parentale a désormais une limite que personne ne vous avait annoncée

Pendant des années, la logique était simple : l’autorité parentale donnait le droit de décider pour son enfant, y compris sur ce qu’on pouvait montrer de lui. Un parent postait une photo de bébé dans son bain ou de l’enfant sur la plage, sans se poser de questions particulières, puisque c’était son enfant et sa décision. Cette conviction est encore largement partagée, y compris chez des parents très investis dans l’éducation de leurs enfants. Pourtant, elle est en partie dépassée. Depuis 2024, la loi française a introduit une nuance de taille : l’autorité parentale ne suffit plus à elle seule pour justifier la diffusion de l’image d’un enfant. Une nouvelle notion s’est invitée dans l’équation, celle du discernement de l’enfant, qui vient rebattre les cartes d’un droit qu’on croyait figé depuis toujours.

Ce que dit vraiment la loi de 2024 sur l’image de votre enfant

Concrètement, la loi de 2024 relative au droit à l’image des enfants est venue combler un vide juridique qui existait depuis l’explosion des réseaux sociaux. Jusqu’ici, les textes protégeaient le droit à l’image des personnes en général, mais ne précisaient rien de spécifique pour les mineurs face à leurs propres parents. Le texte pose désormais un principe clair : les deux parents doivent respecter le droit à l’image de leur enfant, ce qui inclut la possibilité pour l’enfant de s’y opposer. Ce n’est plus une question de tolérance ou de bon sens familial, c’est écrit noir sur blanc. En cas de désaccord manifeste entre les parents sur la diffusion d’images de l’enfant, un juge des affaires familiales peut même interdire à l’un des deux de publier des photos sans l’accord de l’autre. La nouveauté la plus marquante reste ailleurs : l’enfant lui-même, dès qu’il dispose du discernement nécessaire, peut légalement s’opposer à ce que son image soit publiée, y compris par ses propres parents.

Quand l’avis de l’enfant compte autant que le vôtre : ce qui change concrètement

C’est là que le texte devient vraiment concret pour le quotidien des familles. Le discernement n’est pas défini par un âge précis inscrit dans la loi, il s’apprécie au cas par cas, un peu comme pour d’autres décisions qui concernent les enfants, comme le choix de leur lieu de résidence en cas de séparation. Dans les faits, on considère souvent qu’un enfant peut exprimer un avis éclairé sur son image autour de 10 à 13 ans, même si cela dépend évidemment de sa maturité individuelle. Un préadolescent qui refuse catégoriquement qu’on publie une photo de lui en maillot de bain, ou une vidéo où il apparaît maladroit ou ridicule, a désormais un poids légal dans cette décision. Voici ce que cela change très concrètement pour les familles :

  • Un parent ne peut plus imposer une publication si l’enfant s’y oppose clairement et de façon réfléchie
  • En cas de séparation, un parent peut demander au juge de faire cesser les publications de l’autre parent
  • Les plateformes et les proches peuvent être sollicités pour retirer une image contestée par l’enfant
  • Le dialogue familial autour des photos devient une étape presque obligatoire, et non plus une option

Autrement dit, l’enfant n’est plus seulement un sujet de photo, il devient un interlocuteur légitime dans la conversation sur sa propre image, ce qui bouscule pas mal d’habitudes bien ancrées.

Partager une photo de son enfant ne s’improvise plus comme avant

Concrètement, cela ne signifie pas qu’il faut ranger l’appareil photo au fond d’un tiroir ou culpabiliser à chaque story postée pendant les vacances. Il s’agit plutôt d’ajuster quelques réflexes, en particulier à mesure que l’enfant grandit. Demander son avis avant de publier une photo de classe, d’anniversaire ou de sortie devient un geste simple à intégrer, presque naturel une fois l’habitude prise. Certains parents choisissent aussi de limiter les publications aux cercles privés plutôt qu’aux comptes publics, ou d’éviter certains contextes plus sensibles, comme la piscine, la plage ou les moments de maladie. Ce nouveau cadre légal invite finalement à une réflexion plus large sur ce que l’on appelle parfois le sharenting, cette habitude de partager massivement la vie de ses enfants en ligne. La loi de 2024 ne cherche pas à culpabiliser les parents, elle vient simplement rappeler que l’enfant, même petit, reste une personne à part entière, avec un droit de regard sur son image qui grandit avec lui.

Au fond, cette loi ne fait que formaliser quelque chose que beaucoup de parents pressentaient déjà instinctivement : un enfant n’est pas un simple sujet de photo, il a son mot à dire sur ce que l’on montre de lui. Reste à savoir comment chaque famille va s’approprier ce nouvel équilibre, entre envie de partager de jolis souvenirs et respect grandissant de l’intimité de ses enfants.