Témoignages : trop tôt pour naître

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La Journée Mondiale de la Prématurité a eu lieu le vendredi 17 novembre. C’est à cette occasion que l’association SOS Préma a lancé une nouvelle campagne afin de rappeler que des progrès sont encore à faire en ce qui concerne la prise en charge de ces enfants, mais aussi de leurs parents. La prématurité est en effet une réelle épreuve pour les parents qui vivent au rythme des petites améliorations, mais aussi des lourdes rechutes. Certains ont donc accepté de nous raconter leur histoire qui, fort heureusement, connaît une fin heureuse.

Témoignage anonyme

Je suis la maman d’un petit garçon prénommé Louis, né à 30 SA+4 jours. J’ai eu une pneumonie et mon garçon est arrivé quatre jours après, spontanément. Il est né le 8 décembre 2016 et pesait 1kg230 pour 37 cm. Il est sorti du service de néonatalogie le 1er février 2017. Nous avons eu beaucoup de chance puisque Louis n’a aucune séquelle de cette prématurité. Il a juste mis un peu de temps à respirer seul. Aujourd’hui, il doit récupérer son poids qu’il n’a pas encore repris, puisqu’il ne fait que 6kg700 à 11mois. L’équipe médicale a été formidable, merci à elle pour tout ce qu’elle a fait pour nous !

Témoignage anonyme

J’ai eu une très belle grossesse, mon bébé était en bonne santé et devait naître à terme. Mais, à 31 SA, la poche des eaux se rompt et le travail commence. Ma fille est née et les médecins me l’ont tout de suite prise pour la mettre en soins intensifs. Le choc, l’incompréhension, la culpabilité tout se mélange dans ma tête. S’en suit 1 mois d’hospitalisation avec des hauts et des bas. Un jour on progresse, le lendemain on fait 2 pas en arrière. Le plus dur a certainement été la couveuse qui était très frustrante. Je dépendais des puéricultrices pour pouvoir prendre mon enfant en peau à peau, j’avais l’impression d’être un enfant à qui l’on a offert un cadeau qu’il n’a pas droit de toucher. La peur est omniprésente et j’ignorais ce qu’on allait m’annoncer chaque jour. Ma fille à 6 ans demain, c’est un petit gabarit à côté de ses copains, mais elle est pleine de vie et de joie. Elle s’est accrochée à la vie et je suis très fière d’elle. Je lui parle régulièrement de son histoire, de notre vécu, mais une chose est sûre, je n’oublierai jamais cette période de notre vie. Cette prématurité a laissé des traces dans ma vie et des cicatrices dans nos cœurs à mon mari et moi.

Témoignage anonyme

Ma fille est née prématurée à 34 semaines. Je n’ai pourtant pas eu de complications durant ma grossesse. Mais elle est tout de même arrivée plus tôt que prévu. Les épreuves de la prématurité ont permis à notre couple de souder des liens très forts. Aujourd’hui, elle se porte très bien.

Témoignage d’Amélie

Une grossesse gémellaire, ce n’est pas anodin, et l’on a beau se dire qu’il faut lever le pied, difficile de le faire avec un travail prenant. C’est suite à un monitoring à domicile annonciateur que ma sage-femme me demande de faire un « check » à la maternité à 31 semaines de grossesse. Il s’agissait de ma première grossesse. Je ne suis pas de nature anxieuse, j’accepte donc le séjour à l’hôpital pour 2-3 jours. Pourtant c’est bien à l’étage des MAP (Menace d’Accouchement Prématuré) que je me trouve. Même si une de mes connaissances qui avait eu des jumeaux prématurés m’avait recommandé d’envisager cette éventualité, mon moral se mine lorsqu’on m’annonce que je ne rentrerai plus chez moi avant la naissance  de mes enfants. C’est avec une sérénité insouciante que j’ai donné naissance à mes jumeaux une semaine après mon entrée à l’hôpital, de façon naturelle. J’étais sur mon petit nuage, heureuse de les voir puisqu’ils avaient décidé que c’était leur jour. Rien ne m’avait préparé à la prématurité, à une rencontre par « photo » le temps que les pédiatres les aident à respirer, à la culpabilité de ne pas avoir remarqué que le 2e n’avait même pas crié, au choc de la vraie rencontre, 5 heures plus tard derrière une vitre, sans intimité et entourée d’autant de fils, avec un masque sur le visage, au manque de temps pour me projeter et me rappeler les paroles de comptines d’enfants, au fait de devoir sonner pour demander à voir son enfant, aux rencontres d’autres parents au parcours parfois plus lourd, à cet univers du carpe diem où les médecins annoncent la couleur : « le parcours ne sera pas linéaire, votre enfant peut progresser et rencontrer un problème dès le lendemain ».

Chaque gramme pris est une victoire du quotidien, mais chaque départ de la maternité sans eux est déchirant. Chaque mot du personnel soignant devient important, alors que la famille et les amis restent silencieux et effrayés face aux photos non conventionnelles, aux larmes qui me montent en voyant les jeunes parents de bébés nés à terme donner le 1er bain à leur enfant. Mes enfants ont eu la chance de ne rester qu’un mois en néonatalogie, sans encombre. C’est bon de rappeler qu’en France, notre système social nous permet de prendre en charge les enfants prématurés (un jour coûte environ 4000 € par bébé : frais des machines, du personnel, du matériel, des produits de nutrition) et de remercier tous les personnels soignants pour leur professionnalisme, leur écoute et leur gentillesse.

Témoignage anonyme

J’ai accouché à 35 SA par césarienne d’un petit garçon avec un retard de croissance (1,725 kg) suite à une pré-éclampsie sévère. J’ai été hospitalisée 1 mois avant d’être déclenchée. Un mois durant lequel je vivais dans la peur et le doute. Fort heureusement, l’équipe médicale était au top. Puis on a décidé de me déclencher pour finir par une césarienne. Mon bébé est parti en néonatalogie, et y est resté trois semaines. Je suis donc sortie sans lui. C’était horrible, je culpabilisais de lui faire vivre ça. Durant ces trois semaines, je suis allée tous les jours à l’hôpital.

Il y a eu des hauts et des bas, mais je ne pleurais pas devant lui. J’appelais même l’hôpital la nuit pour savoir comment il allait. Il s’agit d’une très dure épreuve pour les parents, mais aussi pour nos petits bouts. C’est quelque chose que je ne souhaite à personne !

Merci à ces mamans qui ont accepté de se confier afin de permettre à tous de mieux comprendre cette épreuve qu’est la prématurité. Il est parfois totalement impossible de la prévoir, comme le démontre ces témoignages. Le tout est de parvenir à sortir plus fort encore de cette épreuve.